FORMANDA NOVINHA

Novinha gosta de batuque

A l’occasion du workshop du 5 et 6 mars organisé par Art2corps, Formanda Novinha se confie sur son parcours et sa philosophie. L’occasion d’en savoir plus sur une capoeiriste dont le talent est à la hauteur de sa générosité.

 

«Mon frère, c’est mon héros, mon idole» raconte Formanda Novinha à propos de son grand frère Marcelo. Il l’initia à la capoeira lorsqu’elle avait à peine dix ans et lui, tout juste cinq de plus. « Marcelo donnait des cours dans les rues et j’adorais le suivre partout » confie-t-elle.

Issue d’une grande famille de quatorze enfants, Novinha a grandi dans une favela de Fortaleza. «Nous étions pauvres mais nous n’avons jamais manqué de bonheur » précise-t-elle. Avant dernière de la fratrie, son grand-père la surnomme rapidement, Novinha ou le mouton noir. « C’est une expression au Brésil. C’est celui après lequel on court et mon grand-père avait très vite compris que j’étais rebelle ».

Rapidement passionnée par la capoeira, Novinha est souvent dehors. On sait quand elle sort mais jamais quand elle rentre. Si le papa de la jeune capoeiriste n’y voit aucun problème notamment grâce à la tutelle de Marcelo, pour sa maman il en est autrement. « Elle disait que dans la rue, une fille ne devait pas écarter les jambes » raconte-t-elle amusée. «Mais lorsque j’avais douze ans, ma mère m’a vu passer mon premier grade et là, elle a pleuré d’émotion ».

 

« Pour moi le plus important n’est plus de choisir avec qui je pratique, mais de pratiquer tout court.».

Novinha continue alors sa « formatura » dans le nord du Brésil. «Je n’aimais pas m’entraîner avec les filles, je ne restais qu’avec les garçons».

Encore corde orange à l’époque, elle croise le chemin d’une capoeiriste déjà gradée et dont elle s’inspirera tout au long de sa vie. «Elle était corde bleue ou verte. Sa garde, son style, sa façon de tout faire comme un mec, ça m’a laissée sans voix » s’exclame-t-elle béatement. «Aujourd’hui Mestra Jo est encore pour moi la meilleure capoeiriste du monde».

Des qualificatifs que nombre de jeunes filles utilisent à l’égard de Novinha elle-même. Mais la modestie étant une de ses qualités, voici ce qu’elle répond aux éloges : «Je ne sais pas si je suis une bonne capoeiriste mais disons que je ne suis pas la plus mauvaise ».

A 37 ans, cette mère de trois enfants s’envolera l’été prochain vers Niteroi pour y recevoir sa dernière corde. Après 27 ans de capoeira c’est une dernière étape qui, pour Novinha, n’en est pas une. « On s’arrête là, ne fait pas parti de mon dictionnaire » dit-elle. « Pour moi c’est, on commence là ».

Une manière d’expliquer que la corde noire est le début pour elle, d’une nouvelle vie ou d’un nouveau processus. A présent, la future Formada donne des cours aux enfants aux côtés de son mari Bem-ti-vi.

Ma plus grande fierté n’était pas leur statut, mais plutôt qu’ils soient des hommes, sous le commandement de mon sifflet »

«Mestra Jo est encore pour moi la meilleure capoeiriste du monde »

Mais elle voyage également dans toute l’Europe pour participer aux évènements féminins. « J’adore ce genre de rassemblement même si je regrette que finalement, très peu de filles y participent ». Novinha se souvient d’une rencontre féminine incroyable, ou plus de 300 filles étaient présentes. «C’était en Hollande et organisé par Mestre Paulao. Je n’oublierais jamais cet évènement, il m’a donné envie de montrer aux filles qu’elles aussi peuvent devenir de bonnes capoeiristes ».

Un revirement assez spectaculaire pour celle qui dès l’obtention de sa corde bleue au Brésil, avait pour objectif de donner des cours uniquement, aux hommes. « C’était un rêve que j’ai réalisé. A 25 ans, moi qui n’avait pas été à l’école et qui avait quitté le nid familial dix ans auparavant, j’ai réussi à donner des cours de capoeira dans une école militaire à Fortaleza. Avec un peu de bagou et de volonté j’ai réussi à former des colonels, des caporaux, des adjudants. Mais ma plus grande fierté n’était pas leur statut, mais plutôt qu’ils soient des hommes, sous le commandement de mon sifflet ».

Aujourd’hui, Novinha s’est assagit. Elle semble avoir une toute autre vision de l’art martial qu’elle a embrassé il y longtemps. « Pour moi le plus important n’est plus de choisir avec qui je pratique, mais de pratiquer tout court. Du moment que je fais de la capoeira je suis heureuse ».

Après douze ans à Paris, Novinha affirme qu’il est difficile de désigner le meilleur capoeiriste français. « Il y en a beaucoup, beaucoup même plus qu’au Brésil » dit-elle. Néanmoins, le seul que Novinha n’oublie pas de citer est le Professeur Bocao. « Il a énormément de talent. La première fois que je l’ai vu c’était en 2000 à Fortaleza. Il était corde orange et c’est lui qui m’a fait comprendre qu’il y avait de bons capoeiristes en France ».

Habituellement cette femme accomplie n’aime pas trop parler de son parcours dans la capoeira. « Tu sais cette discipline c’est beaucoup de joie, mais également de la tristesse ». Néanmoins elle affirme avoir trouvé avec Capoeira Brasil, une famille et des vrais amis que Novinha compte « garder près d’elle ». Chicote est d’ailleurs sa première amie fidèle « Elle m’a beaucoup soutenue depuis mon arrivée à Paris, je tiens à lui dire que je suis fière d’elle et je suis sûre qu’elle ira très loin » conclut avec sincérité, Formanda Novinha.

Février 2016 - Par Bossa Nova

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